Je m’appelle Jade, mais plus pour longtemps.

La fille que tu vois sur cette photo, avec son grand sourire et son air insouciant devant son fourgon, elle est en train de mourir. Et c’est la plus belle chose qui m’arrive.
Pendant 23 ans, j’ai porté un costume. Celui de la fille parfaite : la bonne élève, la bonne fille, la bonne amie. Celle qui fait rire tout le monde, qui console, qui organise, qui ne se plaint jamais. À l’intérieur, pourtant, il y avait un tel désordre. Une voix qui disait : « Ce n’est pas toi. Ce n’est pas toi. »
Il y a six mois, j’ai compris. Je ne suis pas Jade. Je suis Léo.
Quand je l’ai dit à ma mère, elle a pleuré. Pas de tristesse, m’a-t-elle dit plus tard. De soulagement. Parce qu’elle aussi, elle sentait bien que sa « fille » étouffait depuis toujours.
Alors j’ai tout quitté. Pas pour fuir, mais pour naître. Je vis dans ce fourgon parce que je n’ai plus rien à cacher. Je m’arrête dans des villes où personne ne me connaît, et pour la première fois, on m’appelle « Monsieur ». Ça me fait sourire à chaque fois. Un sourire vrai, pas celui du costume.
Sur la photo, je pose devant le coucher de soleil. Ce jour-là, j’avais rendez-vous avec moi-même pour la première fois. Et je me suis trouvé plutôt sympa.
Alors oui, le chemin est long. Oui, des regards blesseront encore. Mais maintenant, quand je ris, c’est vraiment moi qui ris. Et ça, ça n’a pas de prix.

