Je m’appelle Manon, j’ai 24 ans.

Pendant très longtemps, je n’ai pas su comment nommer cette partie de moi. On m’avait appris des mots de filles sages, des mots de livres de SVT, des mots trop cliniques ou trop sales. Rien qui ne semblait vraiment à moi.
Au lycée, je faisais semblant de ne pas la connaître. Je traversais les vestiaires sans la voir, je changeais ma serviette hygiénique en retenant mon souffle, comme si c’était une honte. Mes premières fois, je les ai vécues dans le silence, à me demander si j’étais normale, si les autres filles ressentaient la même chose, si ce que j’éprouvais était autorisé.
Il y a deux ans, j’ai rencontré Louise. Elle avait cette façon de parler d’elle-même sans détour, de dire « mon corps » comme on dit « mon chez-moi ». Un soir, elle m’a demandé : « Toi, tu t’es déjà regardée ? Vraiment regardée ? »
Je n’ai pas su répondre.
Alors cette nuit-là, seule chez moi, j’ai pris un miroir. Pour la première fois de ma vie, j’ai regardé. Vraiment regardé. Et j’ai pleuré. Pas de tristesse. De rage, peut-être. Rage contre toutes ces années à détourner le regard, à trouver ça « bizarre », à ne pas oser toucher, explorer, apprendre.
Aujourd’hui, je commence tout juste à apprivoiser ce territoire. À comprendre ce qui me fait du bien, à dire « non » quand je ne veux pas, à dire « oui » quand je veux vraiment. À parler à mes amies sans chuchoter. À aimer cette partie de moi qui n’est ni honteuse, ni vulgaire, ni taboue.
Juste moi. Intimement, profondément, moi.
Et franchement, elle est belle, cette partie-là. J’aurais aimé le savoir plus tôt.

